Politique d’asile : de la répression au permis de tuer

MANIFESTATION NATIONALE A BRUXELLES
« 
ET MAINTENANT, IL NOUS FAUT UNE REGULARISATION »

LE 10 JUIN 2018, DÉPART 14 HEURES GARE DU NORD
#REGULARISATIONMAINTENANT

Il y a d’abord eu un ordre de quitter le territoire. Ensuite une balle perdue. Mawda, une fillette de deux ans, a été tuée. La police a ouvert le feu sur une camionnette où se trouvaient des migrants. Depuis quand est-ce la norme ? On ne tue pas des enfants. ‘‘Nu niet, nooit niet’’ (Pas maintenant. Jamais), pour reprendre des termes que Theo Francken aime utiliser quand cela l’arrange.

La couverture médiatique de ce dramatique événement a de suite provoqué le malaise. Tout a été fait pour tenter de faire porter la responsabilité de cette violence mortelle sur les migrants présents dans la camionnette eux-mêmes. Comme s’il s’agissait de légitime défense. Il était évident pour la police après la course-poursuite qu’il s’agissait d’une camionnette remplie de personnes. Même si le véhicule ne s’est pas arrêté immédiatement, il n’y avait aucune raison de tirer sur ses occupants.

La politique répressive en matière d’asile se répercute sur le terrain. La N-VA considère les migrants comme des « nuisibles » ayant un « coût ». Le jour-même où Francken (secrétaire d’État N-VA à l’Asile et aux Migrations) et Van Overtveldt (Ministre N-VA des Finances) annoncent commander une étude à la Banque nationale portant sur le coût de la migration – une proposition directement reprise de l’ancien plan en 70 points du Vlaams Blok (prédécesseur du Vlaams Belang) qui a conduit le parti à être condamné pour racisme – des policiers tirent sur des migrants. Et tuent.

Impossible de ne pas penser au meurtre de Semira Adamu il y a 20 ans de cela. Elle fut étouffée à l’aide d’un coussin par deux policiers lors d’une tentative d’expulsion du territoire à l’aéroport de Zaventem. L’indignation était grande et les protestations nombreuses. Les ministres responsables ont démissionné. Aujourd’hui, les ministres compétents ne se sont pas montrés très loquaces, une attitude qui tranche avec leur habitude de sauter sur n’importe quoi sur Twitter et autres dès qu’il s’agit de pouvoir diviser la population. Ils ont gardé bouches closes sur cette preuve de l’échec de leur politique. Les mensonges qui se sont succédé font penser à une manœuvre de dissimulation. Et ce n’est que sous le feu des critiques que Théo Francken a daigné exprimé son opinion : « Je pense qu’il est terrible que cette fille soit morte, mais quelle reprise politique dégoûtante ». Quelle attitude répugnante.

Cet incident n’est pas isolé. En janvier, un migrant a trouvé la mort lors d’un contrôle de police sur l’autoroute, à Jabbeke. Les migrants qui fuient la misère et la guerre en Irak, en Syrie ou en Somalie sont traités comme du gibier à chasser en Belgique. Pour le cabinet-Jambon, ce sont les migrants eux-mêmes qui seraient responsables ! « Les règles sont simples. La police peut ouvrir le feu si des vies humaines sont en danger. C’est absolument le cas lorsqu’une camionnette tente de s’échapper et joue ainsi avec la vie de ses occupants.’’Pas une seule critique sur le fait que des gens se font ouvertement tirer dessus ! En d’autres termes : il existe visiblement un « permis de tuer » à l’encontre des migrants.

Le témoignage de la mère de la petite, dans Het Nieuwsblad, va dans cette direction : « Quand nous roulions sur l’autoroute, un premier tir a été entendu. La camionnette s’est alors arrêtée. Mais quand les gens sont sortis, un policier a tiré une deuxième fois. Mon mari pouvait éviter la balle. Mais Mawda, qui était dans mes bras, n’a eu aucune chance » Alexis Deswaef, le président de la Ligue des droits de l’Homme, a déclaré à juste titre : « Je crains également que les policiers commencent à penser qu’ils peuvent faire plus que ce que la loi exige. Ils entendent aussi ce que Jambon dit. S’ils optent pour une approche dure, ils savent que le ministre les protégera toujours’’.

On ne fuit pas pour rien

Les parents de Mawda viennent du Kurdistan irakien. Ils tentaient de se rendre en Angleterre, mais se sont retrouvés dans un camp de réfugiés près de Dunkerque, d’où ils ont cherché un moyen de traverser. Pourquoi ont-ils quitté l’Irak en 2015 ? « Nous ne voyions pas d’avenir en Irak. Si les choses se passent bien une journée, les bombes peuvent retomber le lendemain’’.

C’est la réalité dans de nombreux pays touchés par la guerre : de l’Afghanistan à l’Irak, de la Syrie à la Somalie en passant par la Libye. Quel avenir reste-t-il dans ces pays ? La politique d’asile de ce gouvernement vise à déshumaniser les réfugiés : elle ne se penche pas sur les raisons pour lesquelles les réfugiés sont partis de chez eux, et encore moins sur la manière dont sont nées ces circonstances. Les décennies de pillage néocolonial ainsi que d’interventions et de guerres impérialistes ont entraîné un désespoir gigantesque. Alors que l’argent ne manque pas pour mener la guerre, il n’y en a pas pour la reconstruction. Ce terreau est fertile pour les conflits sectaires et les seigneurs de guerre. De là découle la problématique des réfugiés. Francken prétend vouloir arrêter la migration, mais il reste aveugle et sourd aux raisons pour lesquelles les gens laissent tout derrière eux dans l’espoir de trouver un avenir ailleurs.

Les autorités belges ne sont pas exemptes de responsabilités. Elles ont participé à diverses interventions militaires et le gouvernement veut maintenant libérer des milliards d’euros pour l’achat de nouveaux avions de combat qui peuvent par exemple être utilisés dans des guerres au Moyen-Orient. Le prix de revient de ces avions de combat a déjà été calculé – nous n’avons pas besoin de Van Overtveldt pour cela – il s’agit de 15 milliards d’euros.

La droite essaie de faire croire que ce que veut la gauche, c’est plus de réfugiés. A gauche, pourtant, on se rend bien compte que personne ne fuit pour son plaisir. La gauche a toujours été à l’avant-garde de la résistance contre la guerre en Irak, par exemple. Pour notre part, nous avions à l’époque prévenu que cette intervention impérialiste transformerait le Moyen-Orient en une bombe à retardement aux conséquences désastreuses, y compris dans les pays occidentaux. Le soutien aux guerres, aux dictatures, aux pillages néocoloniaux, aux trafiquants d’êtres humains libyens ou aux tortionnaires soudanais ne fait qu’exacerber le problème. Trump en rajoute encore une couche avec ses multiples provocations au Moyen-Orient, ce qui n’a pas été sans incidence sur la violence du régime israélien contre les manifestants palestiniens. La semaine dernière, cette violence qui a causé des dizaines de morts a reçu le soutien du président de la N-VA, Bart De Wever. Partout dans le monde, la droite fait des ravages et laisse des ruines derrière elle. Quiconque se montre solidaire des victimes de cette politique est lui-même criminalisé.

Mettre fin aux politiques inhumaines

La politique d’asile qui prévaut actuellement doit être combattue et renversée. Ce qu’il faut, c’est la régularisation des personnes sans-papiers, la défense du droit au logement pour tous, l’abolition des centres fermés pour étrangers, la liberté de circulation, la fin des expulsions et de la criminalisation des personnes sans-papiers, la fin du racisme et de l’hypocrisie de l’État ainsi que le respect des droits fondamentaux tels que l’accès aux soins médicaux et à l’éducation.

Evidemment, nous n’obtiendrons rien comme cadeau de la part de ce gouvernement de droite dure. A l’heure actuelle, toute réforme exige une lutte révolutionnaire. Les revendications qui précèdent doivent aller de pair avec une lutte soutenue pour l’unité de tous les travailleurs contre l’austérité et le racisme, pour une société débarrassée de toutes les formes de discrimination. Ce système de misère et d’exploitation, nous le rejetons. Il repose sur la guerre et le pillage néocolonial qui ne laissent d’autres choix à d’innombrables personnes que de risquer leur vie et de fuir. Construisons un rapport de forces de lutte et de solidarité vers l’instauration d’une société socialiste démocratique, sans exploitation et concurrence impitoyable, où les leviers de l’économie seraient aux mains de la population, sous son contrôle et sa gestion démocratiques.

La manifestation spontanée de ce vendredi soir fut une bonne première étape. Le 10 juin est une autre date importante : il y aura ce jour-là une manifestation nationale des sans-papiers. Nous devons nous organiser, nous mobiliser, continuer les protestations et construire les forces qui peuvent permettre de faire voir le jour à une alternative anticapitaliste.

Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons mettre fin aux guerres, aux pillages néocoloniaux, aux politiques d’asile répressives, à la violence policière mortelle, etc. La terrible mort de Mawda doit nous inciter à nous battre plus fortement et plus résolument contre les politiques actuelles. Ce n’est peut-être pas très réconfortant pour les parents de Mawda, mais c’est le seul moyen de rendre des situations similaires impossibles à l’avenir.

 

Manifestation nationale à Bruxelles : « Et maintenant, il nous faut une régularisation »

Le 10 juin 2018, départ 14h Gare du Nord

#régularisationmaintenant

La Coordination des sans-papiers de Belgique demandera aux futurs élu.s.es d’arrêter avec la traque aux sans-papiers. Elle réclamera les droits des sans-papiers afin qu’ils puissent reconquérir leur dignité après avoir tout perdu. Elle mettra la question sur la table, et ce, dans tous les débats électoraux à venir, la question de la Régularisation immédiate des sans-papiers en Belgique.

Pour cela, la Coordination des sans-papiers de Belgique appelle l’ensemble des sans-papiers tapis dans l’ombre et tous nos soutiens pour alerter sur notre situation et mobiliser le plus grand nombre citoyen.ne.s à venir exiger des engagements solennels des partis politiques sur l’intégration des sans-papiers dans l’Etat de droit belge.
Une intégration qui passe par :

1. la régularisation des sans- papiers
2. la fermeture des centres fermés
3. la liberté de circulation
4. l’arrêt des expulsions
5. l’arrêt de la criminalisation des sans-papiers
6. le respect des droits fondamentaux comme l’accès aux soins médicaux et à l’éducation
7. le respect et l’application des droits de l’enfant.

contacts:
Mamadou (0493 99 54 44)
Modou (0499 88 48 21)
Romina (0470 36 71 33)
Serge (0493 29 19 74)

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